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Le confinement,une adaptation imposée.

Vous la ressentez, cette sensation ? Celle de voir la vie au travers d’une vitre. Témoin, observateur silencieux, sur le banc de touche d’un monde qui continue de tourner sans vous. Avec cette impression dérangeante de ne pas vraiment lui être nécessaire.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous la ressentez, cette vulnérabilité ? Cette sensation effrayante que votre corps ne vous appartient plus, sujet à un risque vous laissant impuissant. Ne plus être maître de soi, ne pas savoir si et quand le mal arrivera.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous le ressentez, ce jugement silencieux ? Ce rejet inconscient des autres, ces regards en coin lorsque vous croisez d’autres personnes d’un peu trop près. Ce sentiment d’être un étranger dans votre propre ville.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous la ressentez, cette anxiété ? Lorsque vous devez sortir faire vos courses ou travailler. Ce poids qui vous enserre le coeur et vous supplie de rentrer à la maison, pour un retour rapide à la sécurité.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous la ressentez, cette impuissance ? Celle de ne rien maîtriser, de devoir s’en remettre à "ceux qui gèrent" et obéir sans broncher. Votre destin remis entre les mains d’inconnus.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous le ressentez, ce sentiment d’insécurité ? Cette peur viscérale de ne pas savoir si toutes vos factures pourront être payées.

De ne pas savoir quand (et si) votre situation pourra s’améliorer. Risquer de tout perdre à cause d’un trouble dont vous n’êtes pas responsable.

Ce n’est que temporaire.

 

Vous les entendez, ces portes qu’on vous claque au nez ? Vos établissements préférés auxquels vous n’avez plus accès. Cette frustration de devoir y renoncer. Les nombreux interdits qui vous sont imposés.

Ce n’est que temporaire.

Pour vous, ce n’est que temporaire.

Pour moi, rien de cela n’est nouveau. Ni le sentiment d’exclusion, ni l’instabilité de ma santé, ni le jugement – silencieux ou non, ni l’anxiété qui pousse à l’isolement, ni les décisions remises à des inconnus et l’impuissance qui l’accompagne, ni les soucis financiers et encore moins la frustration due aux privations.

 

Pourquoi ? Parce que je suis différente. Autiste Asperger pour être plus précise. Quand votre vie reprendra, la mienne ne changera pas.

 

Cette parenthèse imposée vous permet d’expérimenter une situation que vous n’avez majoritairement jamais vécue. L’espace d’un confinement, vous vivez l’inconfort de devoir vous adapter à un mode de vie inadéquat à votre profil neurologique et à vos besoins.

 

L’information étant la meilleure alliée de la tolérance, ce parallèle me semblait important à souligner.

Alors je me permets ce petit mantra, qui vous aidera à supporter cette situation : ce n’est que temporaire.

Pour d’autres, l’adaptation est imposée à perpétuité.

C’est connu, tant qu’on n’a pas vécu soi-même quelque chose, il est difficile de comprendre : maintenant, vous savez en partie ce que ça fait. J’espère que ce parallèle ne sera pas oublié un fois la "normalité" réinstaurée et qu’on saisira l’occasion d’améliorer la vie de ceux qu’on appelle à juste titre "les oubliés".

 

Sophie Germanier, le 15.04.2020

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Commentaires: 1
  • #1

    Sarah (vendredi, 08 mai 2020 12:24)

    J’ai été extrêmement touchée par ton récit... et ma sensibilité m’a permis de ressentir profondément L’intensité de ce que tu décris...
    j’ai pris du temps à te lire car je savais que je serai également très remuée...
    Merci pour ton partage et surtout de nous ouvrir ton cœur